Comment nous joindre cet été ?
Durant cet été 2010, les membres de nos associations Françoise Dolto et Re-Sources Enfances travailleront à effectifs réduits.
Vous pouvez laisser un message sur notre répondeur téléphonique qui sera relevé une à deux fois par semaine (02/731.95.72)
ESPACES PARENTALITE Vous pourrez néanmoins obtenir des rendez-vous auprès de nos Espaces Parentalité :
Bruxelles : Veuillez contacter de préférence Mme Christiane de Halleux au 0477/74.23.71. Sans réponse de sa part, n’hésitez pas à contacter Mme Anne-Chantal le Polain au 0494/41.50.09 ou notre secrétariat au numéro fixe : 02/731.95.72.
Wanze-Hannut : Veuillez contacter Mme Eliane de Vleeschouwer au 085/21.19.13. Sans réponse de sa part, n’hésitez pas à contacter notre secrétariat au numéro fixe : 02/731.95.72.
La Louvière : Veuillez contacter Mme Claude de Ridder au 0496/69.23.18. Sans réponse de sa part, n’hésitez pas à contacter notre secrétariat au notre numéro fixe : 02/731.95.72.
RE-SOURCES ENFANCES Vous pouvez également nous faxer vos formulaires d’inscriptions (formations Re-Sources Enfances) au 02/646.54.56.
Bonnes vacances !
sont disponibles dès aujourd’hui au prix de 18 euros. Pour toute commande, veuillez envoyer un mail à l’adresse fdolto@skynet.be à l’attention de Catherine Lecloux.
A entendre les professionnels de l’enfance, les enfants sont aujourd’hui plus remuants, plus interpellants, plus “difficiles”, si pas volontiers taxés de troubles graves de l’attention ou d’hyperkinétisme.
… Et de fustiger les parents qui “aiment trop” leurs enfants au point de ne plus leur donner de limites, voire même de dénier aux professionnels l’autorité qui fait pourtant partie intégrante de leur métier “d’éduquants”.
… Et d’accuser Françoise Dolto d’être à la source de cette dérive et de passer de militante de la cause des mots à… la cause de nos maux !
Mais a-t-on bien compris son message ? Et est-elle vraiment la responsable de cette “tyrannie de l’amour” dans laquelle semblent se retrouver les parents d’ici et d’ailleurs ? Dans ce livre, dix-sept professionnels, concernés par la question de l’éducation, débattent, réfléchissent et tentent de répondre à cette question cruciale aujourd’hui :
“Aimer et éduquer… est-ce compatible ?”
La première surprise passée (comment peut-on s’approprier Françoise Dolto ?), on découvre avec bonheur la « vision subjective » d’une non-spécialiste - qui connaît cependant admirablement la vie et l’œuvre de Françoise Dolto, qui veut « défendre son combat » et « parler de l’inconscient à des profanes ».
La belle écriture d’une lettrée, la simplicité d’un auteur de livres pour la jeunesse permettent de découvrir agréablement (ou se rappeler) l’extraordinaire empreinte de cette grande psychanalyste sur son temps (la clinique des enfants, la reconnaissance des droits de ceux-ci, la création, dans un but préventif, de lieux d’accueil pour les enfants de moins de trois ans accompagnés d’un parent ou d’un proche, la place de l’enfant à l’école et dans la société…) et sur tous ceux qui la lisaient ou la rencontraient.
Dans ce livre, Sophie Chérer a le don de dresser un portrait très vivant de Françoise Dolto et de rendre accessible l’essentiel de sa pensée et de sa pratique : une bien heureuse façon de célébrer le centième anniversaire de sa naissance !
« À notre insu, notre corps s’exprime. Il dit nos peurs, nos angoisses, nos désirs, notre histoire vraie. Derrière un corps social exposé, vit et sévit un être intime, qui souffre souvent dans son corps de ne pas être entendu ». (4ème de couverture).
« Tout commence à la naissance... » Avec finesse, sensibilité, imagination, Sophie Marinopoulos évoque ce que vit et élabore le bébé à partir de ces « cinq tentacules sensoriels, tous à l’écoute des bons soins reçus » et l’organisation progressive de ses émois. « Nous sommes là dans l’antichambre du langage ». Elle illustre et prolonge les idées développées par Françoise Dolto dans son livre, « L’Image Inconsciente du Corps ».
Psychologue, psychanalyste, Sophie Marinopoulos, après avoir participé aux consultations de nourrissons de Caroline Eliacheff, a beaucoup travaillé en maternité hospitalière, en consultations pour enfants ayant subi des violences sexuelles... Et elle aborde avec beaucoup de compétence des questions telles que la relation anténatale, le « souhait » de grossesse (qu’elle distingue du « désir »), l’interruption de grossesse, l’anonymat dans l’accouchement sous X, les dénis de grossesses, les adoptions - dont celles tardives d’enfants nés et grandis dans la rue, l’audition de l’enfant par un juge…
Elle questionne les demandes modernes de construction familiale : la procréation médicalement assistée, les mères porteuses, le futur utérus artificiel, l’implantation d’embryons post-mortem, l’adoption d’embryons, la fécondation des femmes âgées, le clonage, la parentalité pour deux personnes du même sexe, la filiation… Refusant le côté binaire des débats - « être pour », « être contre » - elle appelle à « savoir à quoi on tient collectivement, pourquoi on y tient et ce que nous voulons transmettre ». Elle suggère un statut de « parent hors lien de filiation, permettant au lien filiatif de demeurer dans ses axes symboliques et d’en signifier le sens »...
Et au fil des pages, transparaît en contrepoint sa façon fine et personnelle d’être psychanalyste.
Ce livre, écrit d’une plume heureuse, nourri de sa riche expérience clinique, et dans lequel elle se risque discrètement à se mettre en cause, incarne, dans le sillage de Françoise Dolto, la psychanalyse telle qu’on aime la voir vivre et se poursuivre.
Florence Chaveneau
Beaucoup de bruit pour rien…
« Parents, ne les laissez pas tout faire ! », « Mon mari n’a aucune autorité », « Mon fils me tient tête. » S’agit-il de titres accrocheurs pour faire vendre du papier à des journaux dits « féminins » ou à la presse « people » en mal de sujets croustillants ?
Les sujets des « Talk-show » (« J’ai peur de mon adolescent », « Vivre dans une famille recomposée »…) sont-ils choisis à l’aveuglette parce qu’« on a tout essayé » et qu’il faut bien assurer l’audience toutes les semaines ?
Sommes-nous encore dans le business – et dans la contre–offensive de l’édition – à voir les centaines de livres consacrés à l’éducation qui couvrent les présentoirs des libraires ?
Faut-il commencer à s’inquiéter lorsque les psychologues, les psychanalystes, les pédiatres parlent d’enfants rois, d’enfants tyrans, se réunissent en colloques, ont leur « niche » à la radio, donnent des conférences à des parents, des enseignants ? Sont-ils en mal de notoriété ? Jouent-ils les Cassandre pour se donner une utilité et augmenter leur clientèle ?
Faut-il réellement prendre les choses au sérieux lorsque tombent des diagnostics psychiatriques (hyperactifs, hyperkynétiques…) aussitôt consignés au dictionnaire (DSM IV) et assortis du médicament (relatine) qui l’accompagne et - merci la science ! – est censé « solutionner » l’inquiétant problème ?
Faut-il enfin décréter l’état d’urgence, le couvre-feu dans les quartiers difficiles, investir des millions dans les projets sécuritaires, revenir à la fessée et aux châtiments corporels, penser « qu’il leur faudrait une bonne guerre », réhabiliter l’uniforme, le bonnet d’âne, le sparadrap sur la bouche, le « pensionnat si-tu-n’es-pas-sage », le cachot au pain sec et à l’eau ?
… ou une mutation sans précédent ?
Pour comprendre l’existence d’un phénomène (et celui qui nous occupe n’est pas, nous le verrons, qu’une « crisette », un « dégât collatéral », une « petite vague sur l’océan ») il convient de prendre un peu de hauteur, de le remettre dans le contexte qui à la fois le provoque et lui donne sens. Dans le cadre de cet article, nous ne pouvons évidemment que le survoler et n’en prendrons pour ce faire que deux aspects.
1. Le désenchantement du monde
Formule lapidaire de Marcel Gauchet qui illustre magnifiquement l’évolution de la pensée des Grecs à nos jours. La prise de conscience progressive des hommes que l’idée du divin naguère et jusqu’il y a peu, fondateur du fonctionnement de la société, de la place de chacun et de l’autorité que lui confère cette place (l’empereur, le roi, le chef, le patron, le père…) ne pouvait plus aujourd’hui servir de référence, de tiers, de justification à une hiérarchie quelle qu’elle soit, politique, patronale, sociétale et… familiale. Si je ne peux plus me réclamer d’une instance supérieure pour asseoir mon autorité, je n’ai en tant que responsable (si je m’estime tel) que deux solutions : le pouvoir imposé de force, c’est à dire la tyrannie ou le consensus (par le dialogue, la réflexion, l’échange, le contrat, l’élection) avec mes pairs : la démocratie. Ce que Christian Panier, Président du Tribunal de première Instance de Namur, résumait dans une récente conférence en reprenant la définition de pouvoir et autorité que donnait un de ses professeurs d’université « Le pouvoir, c’est la coercition que j’exerce sur quelqu’un, l’autorité, c’est la responsabilité que je prends lorsque je suis au service de quelqu’un. » Bien sûr, faut-il encore que le « quelqu’un » me la reconnaisse et par ailleurs que j’assume « qu’être au service » ne veut pas dire faire plaisir mais parfois faire… souffrir. Car vivre ensemble dans une démocratie et non dans la loi de la jungle qui est son antithèse, suppose de s’accorder sur une loi commune que, en tant que responsable, je serai bien forcé d’appliquer à moi-même d’abord, de faire appliquer ensuite. Ce n’est plus ni Dieu ni la force qui donne les règles du jeu, c’est la loi édictée par les hommes pour eux-mêmes. Loi qui ne peut s’appuyer à son tour que sur une Ethique qui fixera les limites entre les autres lois (celle du marché, celle de « plus fort », celle du petit propriétaire, celle du consommateur… elles sont innombrables).
Voilà pourquoi la question des limites est fondamentale partout où la citoyenneté est reconnue. Voilà pourquoi elle est au cœur de la réflexion aujourd’hui partout où il y a de l’humain : en famille, à la crèche, à l’école, dans la rue, dans le quartier, dans le pays, dans le monde et aujourd’hui le monde est un village. Voilà pourquoi cette question est incontournable dans le champ de l’éducation.
2. La tyrannie du cœur
Autre évolution sur laquelle aujourd’hui doit se greffer le rôle difficile de celui qui détient de facto dans le monde de l’éducation la place de l’autorité (nous parlons bien sûr de l’adulte mais… déjà à ce stade tout le monde est-il bien d’accord ?) : l’émergence des sciences humaines. Ce n’est que très récemment (un peu plus d’une centaine d’années) que l’être humain s’est intéressé à son propre comportement (et non plus seulement à sa pensée, ce qui était le domaine des philosophes). Dans une tentative de repères de la normalité (démarche de la psychologie) d’abord, dans le désir de comprendre ce qui en fait la source (démarche de la psychanalyse et découverte de l’inconscient) ensuite. Ce désir de comprendre a certes généré du « plus d’humain » en introduisant une réflexion fondamentale sur la responsabilité de chacun dans les actes qu’il pose, son degré de conscience, ce qui fait sens dans sa vie. Françoise Dolto élargit encore les frontières en affirmant (à la surprise de tous les adultes qui ne considéraient l’enfant avant l’âge de la parole que comme un animal à dresser) que, dès avant la naissance, l’être humain s’inscrit dans une demande de sens lui aussi, que ce sens est essentiellement nourri par le relationnel, ne s’inscrit pas seulement dans du « logique » mais aussi parce qu’un être humain est unique et ne peut jamais être confondu avec un autre, dans du symbolique.
Mais « comprendre » est peu à peu devenu le maître mot du siècle finissant et de celui qui commence. « Comprendre » avec ses extensions : « ne pas juger », « accepter l’autre dans sa différence », « respecter », certes toutes à l’honneur de la dignité humaine mais dans une libération des valeurs que d’aucuns appelleront « féminines » à savoir : « protection », « accueil inconditionnel », « amour » et leur corollaire « ne pas faire souffrir ». Chacun s’est attribué « le monopole du cœur » (phrase célèbre d’un débat… politique !). Mais peu à peu, c’est le cœur lui-même qui s’est emparé du monopole. La tyrannie du cœur et de l’amour inconditionnel de l’enfant était né. La culpabilité de mettre des limites lui emboîtait gaillardement le pas !
3. Conséquences sur l’éducation
Elles sont nombreuses et certaines désastreuses. Nous n’en pointerons que trois :
La première conséquence concerne plus particulièrement les parents et les professionnels chacun dans leur sphère de compétence.
Les deux thèmes évoqués (désenchantement du monde et tyrannie du cœur) ne s’annulent pas mais au contraire se renforcent dangereusement lorsqu’il s’agit d’assumer des responsabilités éducatives.
En effet, les assumer suppose
de se reconnaître à une place d’autorité et de s’autoriser à ce titre de « jouer le mauvais rôle ». Faire respecter les limites, ce n’est ni se faire plaisir, ni faire plaisir à l’autre. L’Education ne peut donc se contenter de « donnant-donnant », de « consensus ». Elle doit pouvoir s’appuyer sur un rôle et une fonction assumée par l’éducateur, reconnue par l’éduqué.
d’accepter d’interdire, de frustrer, de faire donc momentanément souffrir. C’est une fois de plus « jouer le mauvais rôle », peu gratifiant en termes de reconnaissance (du moins dans l’immédiat) peu en phase avec cette obligation « d’aimer » comprise aujourd’hui comme obligation d’assurer dans l’ici et maintenant l’épanouissement et le Bonheur de l’enfant (1).
Une personne qui ne peut s’appuyer sur sa place d’autorité ou qui ne se sent pas apte à la justifier et qui de plus n’accepte pas d’imposer les frustrations qui aident un enfant à grandir n’est plus capable d’assumer la mission éducative.
La deuxième conséquence concerne les parents et les professionnels dans leur relation mutuelle.
Cette relation tellement importante dans cette mission aujourd’hui partagée de l’éducation – car dès le plus jeune âge, l’enfant est « pris en charge » par d’autres adultes – est aussi menacée par les mutations que nous avons évoquées. La nécessaire alliance éducative suppose pour les parents d’accepter que le professionnel ait lui aussi une place d’autorité vis à vis de leurs enfants, d’accepter de surcroît que dans le cadre de sa mission, il impose à l’enfant les exigences du cadre dans lequel il travaille. Et pour les professionnels, d’accepter que ce sont les parents qui gardent l’autorité que leur place leur confère. Les susceptibilités des uns et des autres sont dans le contexte actuel poussées à leur paroxysme. Sans dialogue le conflit risque d’éclater. Les signes avant coureurs ne manquent pas…
La troisième conséquence concerne l’enfant lui-même.
Entretenu dans l’illusion d’un « monde sans limite » (2), il ne peut faire le deuil de la toute puissance, passage obligé de l’accession à l’âge adulte.
Conclusion
La question des limites est bien l’ « affaire du siècle » que ce soit au niveau politique, sociétal, mondial, elle amène la question de la validité de la démocratie, les conditions de la citoyenneté qui passent par l’organisation des institutions, les droits de l’homme, les devoirs de chacun à la place où il est, la reconnaissance de chaque être humain dans la fonction qu’il occupe.
L’éducation n’est pas un épiphénomène. Elle est le « marqueur » de la société et reflète à chaque époque l’esprit du temps. Un esprit aujourd’hui « agité » par des mutations sans précédent. Il est fondamental qu’un vaste espace de réflexion, de discussion soit ouvert entre tous les acteurs de l’éducation où les jeunes auraient eux aussi leur mot à dire mais dans les limites définies par la place qui est la leur. Ils ne sont pas nos égaux et ont besoin d’avoir face à eux des adultes qui assument leurs responsabilités.
La manière dont nous éduquons les enfants est soumise au temps que nous vivons mais donne aussi le coup d’envoi de ce que sera l’éducation que la génération de demain donnera à ses enfants. Il ne s’agit pas de « subir » passivement l’influence de la société et de « s’adapter » comme on peut mais de retrouver les repères qui serviront aux futurs adultes lorsqu’ils deviendront à leur tour éducateurs.
Qu’un des thèmes du Salon de l’Education ait été consacré aux limites n’est pas l’effet du hasard, un choix par défaut dû à la vacuité des sujets mais au contraire, une question qui sous-tend toutes les autres, un arrêt sur ce qui permettra à tous les acteurs de l’éducation (parents, professionnels) de repenser ensemble l’école de demain.
(1) voir à ce sujet la conférence de Bernard Pètre : Les parents sont-ils démissionnaires… ou démissionnés in « Quels repères pour grandir » - Editions Couleur Livres. Ce livre est disponible pendant le salon de l’éducation au stand de l’Association Françoise Dolto.
(2) Voir J.-P. Lebrun – « Un monde sans limite » - ERES 1997.
Philippe Béague Président de l’Association Françoise Dolto
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